Kwe!

Dans un monde où un nombre immense de cultures existent et cohabitent, il est normal de se poser une multitude de questions. De se demander les bonnes façons de partager entre nous ces différentes cultures et traditions, de les aimer, de les utiliser sans blesser l’autre.

Le terme « appropriation culturelle » est parfois mal compris, mal interprété et il peut faire peur. Les gens craignent que cela empiète sur leur liberté et les empêche de faire certaines choses ou de partager des idées, des images qui les inspirent.

Parce que toute culture est faite pour être diffusée et partagée dans le respect de l’autre, nous allons aborder ce sujet délicat sous plusieurs angles. Entre autres ceux de l’authenticité, de l’appropriation, de l’appréciation et des gestes que tout le monde peut faire pour apprécier une autre culture sans se l’approprier. Le tout dans un esprit de réconciliation.

L’authenticité en culture, ça se définit comment?

L’authenticité, c’est la qualité de ce qui est véritable, vrai, véridique. Réel. Dans le contexte de la culture qui nous intéresse ici, l’authenticité d’un travail artistique, artisanal ou autre se manifeste dans la démarche, les procédés de fabrication, l’origine de l’entreprise et des artistes, des personnes et des parties impliquées, etc.

Par exemple, si l’on dit qu’un mocassin est autochtone, cela signifie qu’il est fabriqué par une communauté, une entreprise et/ou une personne issues des Premières Nations, des Métis et des Inuits. De même pour une œuvre artistique, un événement ou d’autres éléments culturels. C’est ça être authentique.

Parfois, l’authenticité d’un produit ou d’un service peut être marquée par un sceau. Attention, toutefois assurez-vous toujours de la validité d’un sceau et vérifiez :

  • Qui l’accorde? Est-ce une instance de la culture ou de la communauté impliquée?
  • Quelles sont les conditions pour l’obtenir? Territoire, origine du personnel et artistes, etc.
  • Quelles techniques et quels matériaux sont utilisés?
  • Et autres questions pertinentes

Des sceaux d’authenticité autochtone au Québec et au Canada

En décembre 2021, la Commission de développement économique des Premières Nations Québec-Labrador (CDEPNQL) a fait créer un logo, un yänionyen’ (ours), pour servir de sceau d’authenticité et pour identifier les créations autochtones du Labrador et du Québec.

L’Ours est une marque officielle qui vient appuyer et protéger les entreprises, les communautés, les artistes et les artisan·e·s des Premières Nations en plus de certifier leurs produits et services comme authentiquement autochtones.

Pour en apprendre plus sur l’empreinte de l’ours, visitez Identification Premières Nations.

D’un point de vue national, l’Association touristique autochtone du Canada (ATAC) a développé son propre programme d’accréditation à travers le pays : L’Original Original.

Cette marque identifie les entreprises accréditées pour l’authenticité de leurs produits et services, mais aussi pour leur mise en place des normes établies pars les opérateurs touristiques autochtones pour offrir une expérience de qualité.

Envie d’en savoir plus sur cette accréditation? Visitez la page Programme Original Original de l’ATAC.

L’appropriation culturelle, c’est quoi?

L’appropriation culturelle, c’est quand, une personne (ou une organisation) utilise les codes, les éléments, les références, les symboles, l’art, etc. d’une culture à laquelle elle n’appartient pas sans sensibilité et sans tenir compte de leur signification et de leur importance pour les personnes de cette culture. Cette utilisation se fait souvent d’un point de vue déjà privilégié et majoritaire dans le but de gagner différents avantages comme de l’argent ou de la notoriété ou même juste pour s’amuser.

Un exemple? À l’occasion du mois de l’histoire autochtone ou d’un festival de musique, une entreprise de fast fashion qui décide de fabriquer et de vendre, sans explications et réflexion, des imitations de vêtements et d’accessoires autochtones comme : des oskwe’tra’ (coiffes traditionnelles wendat), des ahchara’ (colliers de wampum) ou des arahchiou’ (mocassins).

Et l’appréciation culturelle?

Cela ne signifie pas qu’en tant que personne non autochtone, vous n’avez pas le droit de porter des arahchiou’ ou autres accessoires issus des Premières Nations.

Au contraire.

Les artistes, les artisan·e·s et les entreprises autochtones qui fabriquent des produits veulent partager avec vous leur culture et leur tradition et vous voir utiliser et porter leurs créations. En ces temps de réconciliation avec les peuples autochtones, la culture a besoin d’être partagée, diffusée, appréciée par tout le monde.

L’appréciation culturelle, c’est vouloir découvrir, goûter, toucher, comprendre, écouter la culture de l’autre. Et ce, avec compréhension, respect, une curiosité sensible et humilité, surtout lorsqu’on fait partie de la tranche privilégiée de la société, de la culture majoritaire.

Comment apprécier une culture, et ses produits, sans se l’approprier?

Dans cette perspective, le but n’est pas de vous empêcher d’aimer, d’acheter, d’exposer ou de porter de l’artisanat des autres cultures. En tant qu’autochtones, nous voulons que les gens achètent nos œuvres, notre artisanat, nos services.

Cela fait partie du développement économique des Premières Nations et ce depuis les premiers contacts avec les équipages européens. De plus, les entreprises autochtones en culture, en art et en artisanat permettent de conserver des savoir-faire millénaires de notre culture.

C’est avec tout cela en tête que vous devez seulement apprécier une autre culture de manière respectueuse, ouverte, compréhensive et consciente du produit ou du service que vous vous procurez. Pour ce faire, avant d’acheter, d’utiliser ou autre :

  • Renseignez-vous sur l’authenticité du produit : pour un produit d’origine autochtone, assurez-vous qu’il est bien fabriqué, vendu, distribué, exécuté par une entreprise, une personne, une communauté des Premières Nations
  • S’il y a un sceau d'authenticité, vérifiez que celui-ci est légitime et est accordé par la communauté en question ou une instance qui la représente
  • Apprenez-en plus sur le produit ou le service que vous voulez, sur sa signification pour sa communauté : à quoi sert-il, est-il symbole de colonisation ou d’oppression, etc.
  • Recherchez la culture et la communauté qui vous inspirent, posez des questions aux personnes qui la forment, avec respect, humilité et sincérité
  • Informez-vous sur les bons termes à utiliser pour parler du produit, de sa culture et utilise-le bien
  • Demandez aux personnes de la communauté créatrice comment le porter, l’exposer, l’utiliser de manière correcte et respectueuse
  • Lorsque vous parlez publiquement de votre acquisition, n’oubliez jamais de nommer la communauté d’où elle est issue, de bien référer la personne ou l’entreprise qui l’a fabriquée et de parler de ce que vous avez appris à son sujet
  • Évitez de vous procurer des éléments issus du sacré ou qui font référence à une oppression, à la colonisation, à des stéréotypes ou des clichés, ayez conscience de ce que vous achetez
  • Évitez d’utiliser les éléments d’une autre culture pour gagner des avantages, de l’argent, de la notoriété
Si votre travail demande d’emprunter des éléments d’une autre culture :
  • Prenez conscience de leur importance pour l’autre et que cela ne vous appartient pas
  • Impliquez la communauté touchée dans votre projet, donnez-lui une partie des profits
  • Offrez de la visibilité en échange de l’utilisation de certains symboles
  • Validez vos créations avec la communauté qui vous inspire : dans le cas des communautés autochtones, la majorité d’entre elles ont des cercles des sages, gardiens de la culture

Bref, le plus important : soyez sincère et humble dans votre démarche, car vous portez et vous utilisez l’histoire, le travail de personnes d’une autre culture. Posez-vous des questions, posez-en aux autres. La déférence et la bonne foi sont la clé vers un partage culturel authentique, équitable et respectueux.

Envie d’en savoir plus?

Vous voulez creuser un peu plus le sujet de l’appropriation culturelle? Voici quelques articles et études qui pourraient vous intéresser :

Tiawenhk, entïio' chia' önenh!

Mots wendats du jour

  • Kwe! : bonjour, salut
  • Arahchiou’ : mocassin
  • Tiawenhk  : merci
  • Entïio' chia’ : bonne journée
  • Önenh : au revoir
  • Oskwe’tra’ : coiffe traditionnelle wendat
  • Ahchara’ : collier de wampum
  • Yänionyen’ : ours
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